Chers amis,
Il n'y aura finalement pas de soirée du Carrefour Économique et Social du Hautmont le 1er avril prochain, ni dans les mois qui viennent. D'un commun accord, les organisateurs ont en effet estimé que les modifications intervenues depuis quelques mois dans les thèmes, les méthodes d'animation et d'invitation n'ont pas suffi à donner un nouveau souffle à ce lieu particulier qu'avait voulu en son temps le P. Defois.
Mais qu'est-ce qu'un carrefour ?
Pour tenter de le comprendre, permettez-moi de vous inviter à un petit détour urbanistique...
Au commencement, nos ancêtres parlaient de croisée des chemins ; la plupart de nos villages y ont trouvé leurs racines.
Puis sont venus les carrefours, produits d'une urbanisation grandissante. Deux routes se croisent, le plus souvent à angle droit, et leur intersection se meuble de panneaux et autres feux tricolores...stop...priorité à droite...cédez le passage...limitation de vitesse... L'objectif premier est d'éviter les collisions, la régulation des flux automobiles a pris le pas sur tout le reste. Un carrefour est d'abord un lieu d'interdictions, un lieu où la puissance publique, l'institution, se manifeste dans les catégories du permis et du défendu.
Il y a quelques années, les rues des centre-villes sont devenues piétonnes et les intersections ronds-points. Cela aurait dû nous alerter. Plus fluide certes... Mais on ne se croise plus ! On se faufile, chacun dans sa voiture, pour un temps court, et on prend la file de droite, ou de gauche, avant que la voix numérique du GPS nous guide vers la deuxième sortie, drôle de formule censée nous permettre simplement de continuer tout droit. 
Aujourd'hui, une ville moderne se reconnaît à l'apparition d'espaces 30, officiellement baptisés zones de rencontre. Piétons et voitures, vélos et poussettes, trottinettes et fauteuils, chacun est invité à partager le même terrain de déplacement. Invitation au ralentissement pour les uns, à l'attention pour les autres, le tout sous le regard vigilant des caméras de vidéosurveillance.
Est-ce une perte ? 
Certainement pas. On est passé de la peur de la collision à l'obligation de cohabitation dans la mobilité, après avoir tenté le contournement et l'évitement. 
Plus intéressant, tous ces carrefours de notre histoire gardent un point commun : ce sont des lieux de passage, dont l'aménagement doit faciliter l'orientation et rendre possible de multiples itinéraires. Ils diffèrent en cela radicalement d'une place, où l'on peut s'arrêter, s'asseoir, se promener...ou manifester.
Un Carrefour du XXIème siècle doit chercher dans cette direction : lieu de passage - orientation - mobilité. Chacune des institutions à l'origine du Carrefour Économique et Social est actuellement engagée à sa manière dans cette réflexion : la Cité du Sens pour le Centre Spirituel du Hautmont, le chantier Campus pour l'Université Catholique, le synode sur les paroisses pour le diocèse. 
Les occasions se multiplient, mais l'habitude du dialogue fraternel et constructif ne s'est pas perdue. Même la société civile s'y met aussi, avec le World Forum, les espaces de co-working, les cafés citoyens, les Restos du Cœur, les réseaux sociaux...
C'est une autre manière de faire société qui se cherche actuellement. N'ayons pas peur, regardons bien, des chrétiens sont déjà présents dans tous ces lieux, jeunes et moins jeunes y témoignent déjà ensemble de la Vie qui les habite.
Prenons d'abord le temps de les rejoindre. Et qui sait, peut-être un jour prochain, auront-ils à nouveau envie, besoin de croiser leurs regards, de dialoguer à partir de leurs expériences, d'élargir l'espace de leur tente...
D'ici là, bonne route à chacun d'entre vous, et encore merci pour le bout de chemin effectué ensemble !
 
Christiane DEMOUSTIER,
Avec le comité de pilotage