Philosophe et économiste, Geert Demuijnck enseigne l'éthique aux étudiants de l'EDHEC. Nous lui avons demandé comment cette business school envisage la formation à l'exercice d'une responsabilité collective dans le monde du travail, question qu'il a reformulée à sa manière et illustrée sans langue de bois à l'aide d'exemples très concrets... dont voici les grandes lignes.

Pour simplifier, on pourrait dire qu'une business school accueille des étudiants déjà très bons au départ, puisqu'ils sortent de deux années de prépa et qu'ils sont bien sélectionnés... et qu'elle leur offre à la sortie un carnet d'adresses bien garni avec tout le réseau de ses anciens. Entre les deux, ils sont invités à participer à la vie de multiples associations, considérées comme le lieu de la découverte et de l'expérimentation de la prise de responsabilité, ce qui se traduit concrètement par de multiples fêtes, et quelques engagements forts mais la plupart du temps provisoires. A cela s'ajoutent les stages en entreprise, les séjours à l'étranger, et de plus en plus la présence d'étudiants de multiples nationalités sur le campus.

Le choix des cours, l'organisation des filières... permettent d'acquérir les compétences techniques indispensables. Mais qu'est-ce qu'un bon responsable ? Les premiers cours d'éthique optionnels ont été introduits il y a une vingtaine d'années par le P. Jean Mouisset dont G. Demuijnck a pris la succession. Ils sont aujourd'hui obligatoires.

Est-ce qu'un cours sur l'éthique change le comportement ? sans doute non. Mais le système capitaliste présente un inconvénient, il crée des inégalités, tout simplement parce qu'au départ, les talents et les ressources sont distribués de manière inégale. "Que serait devenu Bill Gates s'il était né au Burkina Faso ?" Il faut donc penser une redistribution, une forme de solidarité, contrairement à ce que disent les financiers. Et la responsabilité pédagogique, c'est de casser les stéréotypes, de permettre aux étudiants de rencontrer des responsables économiques qui pensent différemment. Faire venir des témoins en cours est plus efficace que les études de cas.

"Il faut lutter contre le relativisme moral... On en peut pas dire que tout se vaut". Les entreprises donnent souvent l'impression que chacun peut choisir ses valeurs, comme au supermarché. Mais si être honnête est une valeur, c'est un point départ, pas un choix à faire. Bien sûr il existe aussi des cours de management interculturel. Mais éviter de choquer ne doit pas nous empêcher d'avoir une opinion. "La tolérance est un principe de non-violence dans la relation qui n'empêche pas de penser que l'autre a tort." Cela suppose d'apprendre à travailler en groupe, à s'exprimer, à débattre, pendant le cours et en présence du professeur, qui sert alors de garant que cet apprentissage a bien lieu, que tous participent, que le travail fourni a un sens... On est alors bien loin de la traditionnelle répartition des tâches à laquelle les étudiants ont recours pour gagner du temps quand les travaux de groupe ont lieu à l'extérieur.

Une raison d'espérer ? La crise a visiblement rendu les jeunes plus attentifs aux questions éthiques...